Appel à articles – Radiomorphoses N° 18, 2027 – Héritage radiophonique et plateformisation : espaces publics, acteurs et régulations
Coordonné par : Simon NGONO (LCF-UR 7390, Université de La Réunion, France)
Si la littérature en sciences de l’information et de la communication (SIC) a largement documenté la numérisation sectorielle de la radio, ce dossier se propose d’examiner une problématique centrale : dans quelle mesure l’articulation entre l’héritage radiophonique et la logique des plateformes réorganise-t-elle spécifiquement les régimes de visibilité, l’expression des contre-publics et la gouvernance des discours dans les espaces publics contemporains ? Loin de confirmer l’hypothèse d’un média délaissé (Têtu, 2004), ces évolutions attestent de sa capacité de renouvellement. Comme le rappelle Hervé Glevarec (2014), la radio ne disparaît pas. Elle change de statut au sein d’un écosystème médiatique élargi. La plus-value de ce numéro réside dans la mise en relation systématique de trois dimensions souvent cloisonnées : les pratiques sociales, les mutations professionnelles et les politiques de régulation. Pour rompre avec une vision centrée sur l’Europe des mutations médiatiques, le dossier fait le choix stratégique de valoriser des enquêtes empiriques menées sur des terrains variés et peu visibles dans la littérature académique dominante, notamment hors du monde occidental (Afrique, espaces insulaires, contextes régionaux ou communautaires).
Ces transformations doivent être replacées dans une perspective historique et sociologique. La radio s’est toujours inscrite dans des dynamiques de conflictualité sociale et de recomposition des rapports de pouvoir (Sénécal, 2022). De même, les interrogations sur son avenir prolongent des tensions anciennes entre missions de service public, logiques économiques et innovations techniques (Cavelier & Morel-Maroger, 2009). L’hétérogénéité des pratiques d’écoute et la spécialisation des auditoires (Glevarec & Pinet, 2007), l’expression des anonymes (Deleu, 2006), la médiatisation de la parole profane (Ngono, 2017) ou encore la coproduction de l’information, observée par exemple autour de Radio FreeDom à La Réunion (Simonin & Wolff, 2010 ; Wolff et al., 2012), montrent combien la participation redéfinit les territoires médiatiques (Wolff, 2016) et trouve des échos singuliers dans les clubs d’écoute ruraux (Hamani, 2025).
Parallèlement, la numérisation recompose les temporalités et les pratiques professionnelles (Ricaud & Smati, 2018 ; Ouédraogo, 2021). Frédéric Antoine (2025) met en évidence la tension entre la synchronie du flux linéaire et la diachronie des usages à la demande. L’essor du podcast (Lesaunier, 2023) et l’inscription de la radio dans un univers audio élargi (Assogba & Koulete, 2025) brouillent les frontières médiatiques. Toutefois, ces évolutions ne sont pas neutres. Le podcast peut aussi s’analyser comme un vecteur de domination des géants du numérique sur la radio (Poulain, 2025), tandis que la remédiation sur applications mobiles (Equoy Hutin, 2025) illustre les stratégies des acteurs historiques.
Dans ce paysage fragmenté, distribué et régi par des algorithmes (Cardon, 2010), la radio demeure un observatoire privilégié. Les mobilisations radiophoniques (Lefebvre & Poulain, 2022), les radios universitaires (Ovoundaga et al., 2018) ou communautaires démontrent la vitalité de l’ancrage local. Les travaux sur les contextes africains (Damome, 2014, 2018 ; Loum & Saar, 2018 ; Hamani & Equoy Hutin, 2018) ou sur les contraintes juridiques de l’entrepreneuriat radiophonique (Ngono, 2022) illustrent la diversité de ces configurations.
Afin d’orienter les contributeur.rice.s vers des analyses précises et d’éviter le chevauchement d’objets transversaux (podcasts, plateformes, participation pouvant être traités sous différents angles), chaque axe privilégie une entrée analytique spécifique.
Axe 1 : Radio, espace public et dynamique des contre-publics
Ce premier volet s’inscrit dans la perspective de la sociologie politique de la communication et des publics. Il s’intéresse spécifiquement au rôle de la radio dans la fabrique des opinions, les régimes d’attention et la constitution d’espaces de parole alternatifs. L’essor des dispositifs numériques (podcasts, diffusion en direct, réseaux sociaux) redéfinit les relations entre radios et auditoires. Dans cet axe, les objets transversaux comme le podcast, la participation ou les plateformes sont abordés sous l’angle des expressions citoyennes, de la visibilité médiatique, de la structuration du débat public et de la constitution de contre-publics ou de groupes marginalisés.
Les contributions attendues exploreront la production de visibilité médiatique, la mise en débat de questions politiques et l’émergence de contre-publics (Fraser, 2001) ou de groupes marginalisés. Les contributions analyseront également l’articulation entre ancrages locaux et circulations transnationales des contenus. Le questionnement ci-après donne une indication sur les propositions attendues : Comment la radio participe-t-elle à la reconfiguration des espaces publics à l’ère numérique ? Dans quelle mesure favorise-t-elle l’émergence ou l’invisibilisation de contre-publics ? Comment s’articulent échelles locales et transnationales dans les pratiques actuelles ?
Axe 2 : Acteurs, professions et reconfigurations du travail radiophonique
Les réflexions menées dans cet axe relèvent de la sociologie des professions et du travail médiatique. Il traite exclusivement des mutations des identités, des compétences, des routines professionnelles et des rapports de pouvoir internes. Dans le sillage des recherches sur la plateformisation des médias (Rebillard & Smyrnaios, 2019), les journalistes, animateurs et techniciens font face à des injonctions à la polyvalence et à la visibilité numérique. Les plateformes, les médias sociaux ou le podcast sont envisagés spécifiquement à travers le prisme des mutations du travail journalistique, de la précarisation, de l’adaptation des identités professionnelles, de la gestion multimodale et des transformations des routines et compétences organisationnelles.
Il s’agira d’étudier l’évolution des pratiques quotidiennes (production multimodale, gestion des réseaux socio-numériques, précarisation), la transformation des formations, ainsi que les stratégies d’adaptation des équipes éditoriales et techniques, en prêtant une attention particulière aux contextes en dehors du monde occidental. Pour orienter les contributions, plusieurs questions peuvent être formulées : Comment la plateformisation modifie-t-elle les compétences, routines et identités professionnelles ? Quelles tensions et opportunités émergent face aux injonctions à la polyvalence et à l’hybridation des rôles ? Quels sont les effets de ces mutations sur les hiérarchies et la gouvernance interne des équipes ?
Axe 3 : Hybridations médiatiques, écritures et nouveaux écosystèmes audio
Cette section adopte une grille de lecture sémiotique, esthétique et centrée sur les usages d’écoute. Elle interroge la transformation des formes écrites, des langages sonores et des modes de réception. En s’inscrivant dans la continuité des travaux sur la convergence (Jenkins, 2006) et la circulation transmédiatique (Scolari, 2009, 2013), ce volet examine la rencontre entre le flux radiophonique et les plateformes audio (podcasts natifs, flux continu, réécoute). Dans cet axe, le podcast et les plateformes audio sont appréhendés comme des vecteurs de transformation des formats narratifs, des langages sonores, des écritures transmédiatiques et des nouvelles pratiques d’écoute (individualisées, mobiles, guidées par la recommandation algorithmique). Seront analysées l’évolution des structures narratives, la personnalisation des pratiques d’écoute (mobilité, individualisation), ainsi que les logiques de recommandation qui régissent la visibilité des contenus audio. Les réflexions peuvent porter sur les interrogations suivantes : Comment la convergence redéfinit-elle les formats narratifs, les langages sonores et la programmation ? De quelle manière l’individualisation des écoutes transforme-t-elle le rapport au média radio ? Quelles sont les incidences de la recommandation algorithmique sur la circulation des productions audio ?
Axe 4 : Régulations, gouvernance et économie politique des médias
L’approche retenue ici privilégie l’éclairage de l’économie politique, le droit et les politiques publiques. Les travaux se consacreront aux cadres réglementaires, aux asymétries de pouvoir et aux tensions institutionnelles. Face aux géants du numérique, les cadres traditionnels de régulation étatique et professionnelle sont fortement interrogés (Smyrnaios, 2017 ; Musiani, 2019 ; Badouard, 2020). Dans ce cadre, les objets transversaux (podcast, plateformes/GAFAM, dispositifs participatifs) sont traités sous le prisme des enjeux d’économie politique, de régulation juridique, de souveraineté éditoriale, de modération des contenus et de restructuration des modèles économiques face à la concurrence des infomédiaires.
Les propositions analyseront les modèles économiques émergents, les mécanismes de modération, la gestion de la désinformation (Wardle & Derakhshan, 2017) et les rapports de force entre États, médias historiques et infomédiaires. Pour guider les contributeurs et les contributrices, plusieurs questions peuvent être formulées : Comment les transformations numériques reconfigurent-elles les cadres de régulation et les rapports de force sectoriels ? Quelles tensions apparaissent entre États, radios et plateformes mondiales quant à la responsabilité éditoriale ? Comment les enjeux de désinformation et d’asymétrie économique influencent-ils la gouvernance de l’audio ?
Calendrier et modalités de soumission
10 septembre 2026 : diffusion de l’appel à contributions
10 novembre 2026 : date limite de soumission des propositions d’article
Les propositions de contribution doivent être rédigées en français ou en anglais et comporter entre 4 000 et 5 000 signes (espaces compris). Elles incluront obligatoirement : la présentation de la problématique et des objectifs scientifiques, le cadre théorique et la méthodologie, la description du terrain d’enquête, l’argumentation et une courte bibliographie.
Les propositions doivent être envoyées au format Word (.docx) ou OpenDocument (.odt), entièrement anonymisées à l’adresse suivante : simon.ngono@univ-reunion.fr
Les informations personnelles (nom, prénom, statut, affiliation institutionnelle, coordonnées) ainsi qu’une biographie de 4 à 5 lignes figureront uniquement dans le corps du courriel d’accompagnement.
10 janvier 2027 : notification d’acceptation ou de refus des propositions
10 avril 2027 : date limite de soumission des articles complets (35 000 signes espaces et bibliographie compris)
N.B : La soumission des articles complets se fera exclusivement via la plateforme de la revue sur le site des revues de l’Université Bordeaux Montaigne : https://revues.u-bordeaux-montaigne.fr/radiomor/submissions(dossier : Radio, espaces publics et transformations socio-numériques).
10 juillet 2027 : notification des résultats d’évaluation des articles (double aveugle)
Fin novembre – décembre 2027 : parution du N° 18 de la revue RadioMorphoses
Appel complet : ici
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
nataliaosorioruiz (13 septembre 2026). Appel à articles – Radiomorphoses N° 18, 2027 – Héritage radiophonique et plateformisation : espaces publics, acteurs et régulations. RadioGraphy. Consulté le 12 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16rmu












